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Émergence de l'Orthétrum réticulé à l'Écoferme de La Barre à Toulon


C’est un beau spectacle que la vie m’a offert il y a peu à l’Écoferme de la Barre, à Toulon.

L’Écoferme est une ferme pédagogique mais aussi un Espace naturel sensible (ENS) appartenant au Conseil départemental du Var. Elle est proche du petit fleuve côtier l’Eygoutier et de l’ENS du vallon des Amoureux où passe la piste cyclable.

L’Écoferme est aussi un refuge LPO.

Ses bassins semblent bien modestes et artificiels. Néanmoins, la vie n’en n’est pas absente pour autant car ils offrent un milieu propice au développement des larves d’au moins deux espèces de Libellules : l’Orthétrum réticulé (Orthetrum cancellatum) et le Sympétrum de Fonscolombe (Sympetrum fonscolombii).

Nous le savons grâce à la récolte des exuvies. L’exuvie est l’enveloppe vide du dernier stade larvaire laissée par la Libellule après sa dernière mue sur un support solide. La récolte des exuvies est importante car elle prouve la reproduction de l’espèce sur place. On parle alors de l’autochtonie de l’espèce.

L’observation de comportements reproducteurs (accouplements, pontes) ne suffit pas car on ne sait alors pas si les eaux accueillant les pontes permettront le développement complet des différents stades larvaires. L’exuvie prouve, là où elle a été trouvée, que l’ensemble de la vie larvaire aquatique a bien eu lieu dans ces eaux-là et que des Libellules volantes ont pu s’émanciper.
  • "Dans l'espace l'eau personne ne vous entend crier."
Cette référence cinématographique au monde d’Alien illustre le côté assez « terrible » de la larve de Libellule, grand prédateur capable de projeter en avant un organe préhenseur apte à capturer des proies.

Les femelles de Libellules pondent leurs oeufs directement dans l’eau ou dans la végétation a proximité de l’eau. Certaines espèces pondent sur le lit à sec d’un cours d’eau temporaire et le développement des oeufs s’enclenchera à l’arrivée des eaux.

Les larves de Libellules sont des êtres aquatiques qui respirent dans l’eau à l’aide de branchies. Carnivores, elles sont également des proies (Poissons, Canards et Oiseaux d’eau, autres larves de Libellules…).

Au bout de quelques semaines, ou de quelques années, après avoir mué à plusieurs reprises, le dernier stade de la larve acquiert la capacité à respirer dehors à l’air libre. Elle commence à sortir de l’eau, mais y retourne plusieurs fois.

Après quelques allers-retours, quand les conditions sont favorables (température par exemple), la larve sort une fois pour toutes de l’eau et se fixe à un support pouvant être une plante, un mur, une pierre, un tronc d’arbre, ou directement un sol en dur comme la berge pentue et bétonnée d’un bassin artificiel. La larve se fixe a son support près de l’eau, mais certaines parcourent plusieurs mètres avant de trouver leur support.

Une fois fixée, la dernière mue va pouvoir avoir lieu. Cette mue est appelée la mue imaginale, car elle permet l’émergence de l’imago, l’insecte volant. C’est à ce spectacle que je vous propose d’assister grâce aux photographies jointes à cet article.

L’émergence d’un mâle d’Orthétrum réticulé (Orthetrum cancellatum) a été observée vendredi 19 mai 2017 entre 9h et 14h20, un peu plus de cinq heures pendant lesquelles la future Libellule est des plus vulnérables car beaucoup aimeraient faire de cette proie facile leur dîner : Grenouille, Fauvette, Araignée, Chat domestique…

Bassin où a eu lieu l’émergence :


La Libellule s’extirpe de son enveloppe larvaire la tête en bas.



L’Orthétrum se retourne et finit de sortir de son exuvie. L’Insecte reste fixé sur l’exuvie. Il est entièrement sorti, mais encore très comprimé.


Le corps va se déployer grâce à l’action d’un liquide physiologique sous pression. Il prend du volume, les ailes s’étalent peu à peu.



Nous nous approchons de la fin de l’émergence et l’Orthétrum a déjà pris des couleurs : corps, pattes. L’abdomen s’est lui aussi déployé.


Les ailes sont maintenant bien dépliées, l’heure du 1er vol, le vol imaginal, est proche. C’est l’affaire de dix minutes. Remarquez qu’une coloration bleue commence déjà à poindre par endroits sur le corps, signe que c’est un mâle. Il faudra plusieurs jours ou semaines pour que le corps devienne en grande partie bleu.



La brillance des ailes montre que nous avons affaire à une Libellule émergée il y a peu. Son corps est encore mou, le vol sera à ses débuts mal assuré, l’animal très fragile.

Il faut, si l’on rencontre de tels individus immatures dans la nature, faire très attention à ne pas les toucher et à ne pas tenter de les capturer avec un filet, même entomologique, pour identification, même si on le relâche ensuite. Les blessures infligées à l’Insecte seraient fatales. On observe aux jumelles et on prend des photos 😇 .

Que deviendra notre ami après sa lente émergence ?

Il ira finir sa maturation à l’abri en zone végétalisée et arborée de préférence. En quelques jours ou semaines, il sera complètement mature, c’est à dire, avec des couleurs définitives d’adulte et la capacité à se reproduire.

Il aura l’aspect de cet imago mâle mature de la même espèce photographié en 2016 au parc Sandin à Toulon.

Un bel outil vient tout juste d’émerger en ce mois de mai 2017, un atlas régional des espèces observables en région PACA, édité par Biotope éditions à l’initiative de la LPO-PACA, OPIE Provence-Alpes du Sud (Office pour l’insecte et son environnement) et la SFO (Société française d’Odonatologie), avec les données (60% des données de l’atlas), entre autres, des contributeurs de la base en ligne http://www.faune-paca.org/.


Un grand merci à Claudine et à toute l’équipe de l’Écoferme pour leur accueil.

Texte et photos d’Olivier REISINGER
Technicien en Gestion Protection de la Nature et SIG
Groupe local « Littoral & Monts Toulonnais » (LPO-PACA)