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Le Sympétrum strié au Plan de La Garde [Var]

26 novembre 2016, fin de saison pour les Sympétrums striés du Plan de La Garde, mais la génération 2017 est déjà dans les tuyaux ! Tandems, coeurs copulatoires et pontes sont encore observés en cette fin novembre. RDV au printemps pour de belles émergences !

Sympétrum strié (Sympetrum striolatum), Plan de La Garde (83), 26/11/2016

13/6/2016 : L'un des deux principaux nouveaux étangs du Plan de La Garde, sitôt en eau, a été colonisé par le Sympétrum strié (Sympetrum striolatum). J'assiste depuis fin mai (2016) à une forte émergence de cette espèce. Des centaines d'individus !



Ce 11 juin, j'arrive tôt sur place (6h25) pour tenter ma chance et capter des émergences. Je trouve dans la végétation près de l'eau des libellules n'ayant pas encore entièrement déployé leurs ailes. Ici une femelle identifiable par sa lame vulvaire en bout d'abdomen, diagnostique du sexe et de l'espèce.


Cela permet d'éviter une confusion avec une femelle de Sympétrum méridional (Sympetrum meridionale), espèce pouvant aussi être présente sur le Plan.

Une autre femelle du matin près de son exuvie :


Voici un mâle avec un zoom sur ses pièces copulatrices, qui, elles aussi, diffèrent selon l'espèce.



Ailes déployées, le premier envol est proche.



L'exuvie

Les étangs du Plan ne sont en eau que depuis octobre 2015, mais les Odonates ne sont pas du genre à traîner pour coloniser un nouveau milieu ! Ils pondent même parfois dans des endroits assez incongrus... Intrigué par la présence depuis fin mai de Sympétrums striés immatures, je cherche et trouve facilement le 5 juin près de 70 exuvies en prospectant trois secteurs d'un des deux plus grands étangs.



L'exuvie est l'enveloppe chitineuse du dernier stade larvaire laissée par la libellule après la sortie de l'imago (l'insecte volant).

L'identification des exuvies (en cours) montre que ce sont quasi-exclusivement des Sympétrums striés (Sympetrum striolatum) + un petit peu de Sympétrum à nervures rouges (Sympetrum fonscolombii). Mais à terme il y aura d'autres espèces car j'ai vu pondre activement Anax napolitain (Anax parthenope) et Orthétrum réticulé (Orthetrum cancellatum).

Récolter des exuvies pour les identifier est important car leur présence prouve que l'espèce en question s'est bien reproduite sur place (autochtonie). Intéressant car les odonates, du moins les anisoptères, sont très mobiles et peuvent parcourir de très longues distances durant leur vie.

L'imago immature 

Voici un imago mâle immature en maturation égayé dans le Plan à la lisière d'un mini-boisement.



Une fois devenus imagos, leur dernier stade de transformation (en insecte volant pour les libellules), ce n'est pas encore tout à fait terminé. L'insecte est alors un imago immature. Il ne peut pas se reproduire et n'a pas encore adopté ses couleurs définitives. Commence une période dite de maturation pouvant durer de quelques jours à plusieurs semaines selon les espèces. L'animal s'éloigne (parfois très loin) du plan d'eau de naissance et "mûrit" en prairies, clairières de zones boisées, collines. Ce temps de maturation peut se prolonger par une période d'estivage, surtout en période de grandes chaleurs, et voir les insectes rester dispersés un peu partout et vivre de leur chasse. Les points d'eau pour la reproduction sont rejoints en fin d'été et en automne.

Point sur le Sympétrum strié au Plan de La Garde

La lecture de la monographie de Sympetrum striolatum de l'ouvrage de Grand & Boudot (Biotope, 2006) nous explique que l'éclosion des oeufs a lieu quelques semaines après la ponte et que la vie larvaire de l'espèce dure entre 5 mois et un an.

La participation à une base de données collaborative de type Visionature (ici Faune-Paca) permet de faire une recherche multicritère sur l'espèce et de voir comment les observations se répartissent au long de l'année. Cf. le graphique ci-dessous.

ça tombe bien, nous voyons sur le graphique qu'octobre est une période où les observations sont les plus nombreuses, et ça dure une bonne partie de novembre, voir le cadre rouge (octobre et deux premières décades de novembre).

Pour expliquer la présence de tous ces Sympétrums striés juste émergés au Plan de La Garde, je peux avancer le récit suivant.

Les pluies d'octobre 2015 ont mis en eau les étangs récemment creusés par les équipes travaillant pour le Conseil départemental du Var. A cette période de l'année, de nombreux Sympétrums striés sont en recherche de zones de reproduction après leur estivage. Ils repèrent vite ces étendues d'eau et y pondent activement. Les oeufs se développent sitôt pondus et éclosent après quelques semaines d'incubation. Nous sommes fin octobre, début novembre, la vie larvaire commence et dure jusqu'en fin mai, soit à peu près 7 mois. Pile dans le bon créneau temporel biologique des larves (5 mois à un an). Les premières hordes sortent des eaux.

Mais ce n'est qu'un début !

Les pontes tardives (disons, novembre) n'éclosent pas tout de suite. Les oeufs entrent en diapause. Ils sont en mode "pause" et attendent des conditions meilleures pour se développer, soit la fin de l'hiver et/ou le début du printemps. Disons, fin février début mars. Cette génération là va sortir des eaux à partir de fin juillet.

Prudence de l'observateur

L'émergence est un stade critique pour les libellules. Il est évident que, lorsqu'elles sont encore incapables de voler, ailes juste déployées ou pas encore, tomber à l'eau veut dire une mort certaine, et on sent bien qu'il ne faudrait pas grand chose pour décrocher les libellules tout juste sorties de leur exuvie. Coup de vent, pluie, chien courant vers l'eau à travers les herbes. Hors de question pour l'observateur photographe naturaliste d'en rajouter. Il faut absolument trouver, avant de tenter toute approche, un secteur accessible qui permet d'observer sans contact avec la végétation, comme ce fut le cas ici avec une petite "plage" de terre à nue. Attention aussi en posant le gros sac photo.